dimanche 3 mai 2009

"La femme, durée infinie."

Quand on se demande ce qu'est une Femme, on interroge l'art et sa mythologie. Au musée de Brooklyn siège une table en forme de triangle géant : dessus une nappe, 39 couverts, chacun invitant une femme importante dans l'Histoire à s'asseoir. L'oeuvre "The dinner party" est réalisée par Judy Chicago.

Ce triangle, à lui-seul, c'est le sexe féminin ou l'utérus
. A la première place siège une déesse callipyge datant de 5000 ans avant notre ère, qui possédait tous les rôles : créateurs, maternels, et destructeurs, reprenant toutes vies dans son ventre avant d'en réenfanter de nouvelles.

Chacune des invitées d'honneur raconte une révolte politique : la première aile montre les déesses grecques, puis romaines, et la superbe femme politique Cléopâtre en Egypte ; la seconde aile révèle le déclin des pouvoirs de la femme sous les grandes religions monothéistes, que symbolise une courtisane devenue sultane moralisatrice en Turquie. Enfin la dernière aile est vouée aux femmes qui se sont battues pour l'égalité des droits : au dix-huitième siècle, la poétesse anglaise Emily Dickinson. Pour les années 1900, les suffragettes. Les années quarante, Virginia Woolf. La dernière assiette célèbre la peintre Georgia O'Keeffe, dont les fleurs ou même sa peinture du pont de Brooklyn s'ouvrent comme la corolle du sexe féminin.

A l'intérieur du triangle, 999 autres prénoms féminins sont inscrits sur le sol. Toutes forgent ensemble une femme aux mille et un visages. Mais quel serait cet emblème féminin aujourd'hui ? Le nôtre peut-être. Car l'essentiel, c'est que nous soyons invitées à participer à ce repas fabuleux au milieu des esprits. Pour que soudain - enfin - je m'éprouve, comme l'écrit Anna de Noailles, “femme, durée infinie”.

Laureline Amanieux, ©.