vendredi 29 mai 2009

Nathaniel Stookey et le classique écologique.


Je n'avais jamais pensé à nos décharges publiques en termes de musique classique avant d'écouter à San Francisco Junkestra du compositeur Nathaniel Stookey (en extraits ici).

Junkestra
, c'est la rédemption de nos déchets.


Ce simple mot-valise, difficile à traduire en français (junk : déchets, feraille, camelote ; et orchestra : orchestre), dit tout de la métamorphose que Stookey fait vivre à nos ordures ménagères. Il n'a pas été cherché dans sa cuisine ce qui pourrait bien faire un instrument de musique : il s'est aventuré à corps perdu dans une décharge municipale, a fouillé, rassemblé hors des monts infertiles ce qui pourrait être sauvé.

Il donne aux objets une vie après la mort comme l'ont judicieusement relevé les journalistes de UC.Berkeley, mais surtout il rachète les déchets du monde.

C'est la preuve qu'inventer de nouveaux instruments est encore possible à notre époque
sans passer par une forme matérielle nouvelle, mais en re-formant des objets laissés pour compte : ces méprisés de nos sociétés surindustrialisées, ces inutiles que nous tentons d'évacuer - sans succès- de nos villes. Ou comment la musique rétablit un équilibre sain.

Avec le soutien de la ville de San Francisco, Nathaniel Stookey a inventé un genre : le classique écologique ; l'artiste protecteur de la Nature - et des hommes. Selon le penseur Joseph Campbell, "l'artiste a pour fonction de mythifier l'environnement et l'univers” (Power of myth, p.156) : son voeu est exaucé.

Pas besoin d'un iphone high tech transformé en ocarina, même si la réalisation est séduisante, mais de bouteilles, bols, tuyaux, porte-manteaux, roues de vélo, de scies et autres, savamment détournés. Stookey fait passer notre ferraille sale au statut de pureté immatérielle : transformation - subtile s'il en est.

Et soudain, en l'écoutant, cette vérité se révèle à nous : si l'homme pollue, l'artiste restitue.

Laureline Amanieux, ©.