vendredi 1 mai 2009

Paul Ricoeur et la promesse tenue.

J'existe parce que je suis capable de tenir une promesse. C'est la théorie géniale du philosophe français Paul Ricoeur dans Soi-même comme un autre.

De notre enfance à notre vie d'adulte, nous changeons : notre caractère évolue, nos habitudes aussi, nos goûts alimentaires, nos opinions politiques et morales souvent. On peut même changer de visage avec la chirurgie esthétique. Bref, on peut tout changer tout le temps ou presque. Mais comment faire dans ces conditions pour maintenir quelque chose de juste et de vrai ?

Ricoeur pose cette superbe question : « Qui suis-je moi si versatile pour que néanmoins tu comptes sur moi ? ».

Ce qui maintient mon identité intacte dans le temps, c'est donner ma parole par la promesse, car « Dire « je promets » c’est promettre effectivement, c’est-à-dire s’engager à faire plus tard et (…) à faire pour autrui ce que je dis maintenant que je ferai » (SMCA, p.57). Ou encore : « c’est pour la personne la manière telle de se comporter qu’autrui peut compter sur elle » (SMCA, p.195).

En dépit du changement, je suis qui est capable de tenir sa promesse plusieurs jours, années, toute une vie ou même bien au-delà quand l'autre n'est plus présent :

Car la lune ne luit jamais, sans qu'elle me porte
Des rêves d'Annabel Lee, la toute belle,
Et les étoiles ne se lèvent jamais, sans que je sente
Les yeux vifs d'Annabel Lee, ma toute belle,
Ainsi, aux rives de la nuit, je me couche à côté
De ma chérie! Ma chérie, ma vie, ma promise,
Dans son tombeau, là, au bord de l'océan,
Dans sa tombe, à côté de l'océan.

Edgar Allan Poe


Laureline Amanieux.