lundi 18 mai 2009

Shilpa Gupta et le sans visage.


Volet III : "Plus jeune que Jésus".

« Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal ».

Dans l'exposition "Younger than Jesus", une photographie de l'indienne Shilpa Gupta reinterprète une parole sage ancienne. Au départ, la devise est représentée par les trois singes de la sagesse : un se couvre la bouche, l'autre le visage et le dernier les yeux. Qui suit cette maxime devient un homme de bien car le mal ne le traverse pas. Cette maxime fut celle de Gandhi qui gardait toujours avec lui une sculpture des trois singes.

Depuis une cinquante d'années, la devise a changé de sens : elle désigne ironiquement quelqu'un qui refuse de s'impliquer dans une situation ou de prendre conscience du mal autour de lui.

Shilpa Gupta lui apporte à travers cette photographie d'autres sens
: est-ce que le personnage vêtu comme un soldat est victime d'une autorité anonyme ? Des mains surgies de nulle part forment un pistolet prêt à tuer. L'individu disparaît sous une pression, politique et sociale sans doute. Ou bien ce personnage accepte-t-il volontairement de cacher ses yeux pour ne pas réaliser les actes commis devant lui ?

La photographie m'a marquée comme si je sentais tout à coup la présence de mon propre visage : elle nous rend dans un choc la liberté d'en posséder un, tous les sens ouverts.

Et soudain, c'est Henri Michaux, le poète, qui surgit Face aux verrous et nous crie : “J'ai lavé le visage de ton avenir”.

Laureline Amanieux, ©.