jeudi 9 juillet 2009

Ah.

Concrétion de sel à Mono Lake (Californie)Dans le Kena Upanishad, un texte sacré de l'Inde, on trouve ces mots magnifiques :

"That in the lightning which flashes forth, which makes one blink, and say ‘Ah!’—that ‘Ah!’ refers to divinity."
(IV, 4).

Je n'ai pas trouvé de traduction française équivalente (bizarrement, elles enlèvent l'essentiel, le "Ah").
Je propose donc :

"Ce qui dans l'éclair illumine soudainement, ce qui fait cligner nos yeux, et nous arrache un "Ah" – ce "Ah", c'est le divin."

Et Joseph Campbell d'expliquer : une mythologie vivante ouvre ainsi le coeur et l'esprit à l'émerveillement devant tout ce qui est. (Voir The Inner Reaches of Outer Space, introduction, pp.xx et xxi).

A chaque fois qu'un éclair fend le ciel, que le soleil se lève à l'horizon ou qu'une biche surgit en bord de forêt tous ses sens en alerte, devant un livre, un tableau, étourdis par une musique ou face au mystère d'un visage, chaque fois que nous nous exclamons "ah", ou "ah, c'est beau", alors nous sommes dans le vrai, nous sommes en harmonie avec l'univers et son énergie créatrice. Tout est dit.

J'ajoute le plus sérieusement du monde : en mangeant un soufflé au fromage et des fraises tagadas entre amis, en buvant un verre de Bordeaux, en contemplant une tour de New York construite dans un verre spécial qui absorbe la couleur du ciel – et les nuages, en marchant sur de la lave brune plissée, et les ruines de Sunset beach au bord du Pacifique, en écoutant la pulsation forte du coeur amoureux, en respirant l'odeur d'algues de l'Atlantique ; et tout près, les cheveux de mon fils.

Ah.

Laureline.