vendredi 31 juillet 2009

Mat Hennek et le portrait des âmes.

Je reconnais une photographie d’Art quand je suis frappée en plein corps. La foudre incinérant l’arbre tout vif n’a pas plus de force alors que l’éclair photographique.

La première fois que j’ai croisé un portrait pris par Mat Hennek, je marchais dans l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, absolument immergée dans mes pensées et dans le flot des passagers en partance. C’était un portrait d’Hélène. Je restai figée devant sa beauté.

C’est la vertu de la stase, au sens de James Joyce. L’Art véritable maintient l'oeil et les sentiments fixés sur l'image pour elle-même. Ce n'est pas publicitaire. C'est esthétique. D’un seul coup, nous sommes stoppés par une photographie et éveillés par elle.

La seconde fois, j’ai retrouvé la même sensation statufiante devant mon écran d’ordinateur ; ce n’est pas moins spectaculaire de s’arrêter au milieu du flot d’informations virtuelle pour rester tout à coup plongée dans une contemplation des sens.

Cette fois, c’était un portrait d’arbres. Je dis “portrait” parce qu’il s’agit bien pour Mat Hennek d’en chercher l’âme unique, indivisible, propre à la Nature.

Mat Hennek Weissenhorn I, 2008 Archival Pigment Print on German Etching Paper

Ce portrait fait partie de l'exposition Landscape. Mat Hennek rencontre l’âme d’un paysage comme peu d’artistes l’ont fait, la plupart étant tentés de lire leur état d’âme dans la Nature au lieu de l’accueillir telle qu’elle est. Mais Hennek ne la donne pas seulement à voir, il donne à l’éprouver par son graphisme mystique.

Il pleut de l’écorce tout autour de moi, je traverse des franges de bois. Bois au-dessus de moi, bois en dessous-de moi, bois à ma droite, bois à ma gauche, le monde n’a plus d’autre cadre que les arbres. Et loin de mener à un ciel disparu de l’horizon, ils me centrent sur la terre qui les soutient. Ils forment le triangle de mes bras.

C’est impossible de ne pas être absorbé dans la membrane de cette forêt : alors ses lignes verticales révèlent leurs courbes et leurs couleurs habitées. Je ne bouge plus ; le paysage remplit toute ma réalité. Il parle mieux que moi.

Finalement je suis moins qu’une épine tombée sur l'herbe, et pourtant je suis davantage que je ne le pensais car au sortir de cette contemplation, c’est impossible de ne pas trouver au plancher sous mes pieds le moelleux de la terre, et quand je touche la peau de mes mains, je sens seulement la suavité de l’écorce.

Il y a dans ce qui est beau un puissant chemin spirituel. Je compris alors que je n’avais pas été frappée la première fois par un éclair malencontreux à travers le plafond bétonné de Roissy, mais sous l'impulsion de Mat Hennek, par la grâce.