vendredi 31 juillet 2009

Michael Dweck et l'île des sirènes.

J’ai rencontré Michael Dweck à l’aéroport de Roissy où j’aurai passé une part de ma vie. Il s’est attablé près de moi au bar-restaurant, entamant une conversation en américain sur le foie gras français dont il avait rempli son sac à dos : il avait trouvé le bon sujet. Si l’on me parle de nourriture, je suis toute ouïe. L’air rêveur, en tapotant son sac à dos, il m’expliqua qu’une fromagerie du septième arrondissement ne vendait que deux fromages : un chèvre et un roquefort faits maison depuis vingt ans. J’envisage de m’y rendre...

Enfin, chemin faisant, nous avons atterri dans l’univers de sa photographie : il n’y a qu’un saut du fromage à l’Art. Les artisans français ne me démentiront pas.

Ce qui est fascinant quand on parle plus ou moins bien l’anglais, c’est qu’on rate une phrase sur trois, ou que les phrases captées sont trouées de mots-mystères comme par les “bip” d’une censure télévisée. Je compris donc : “femmes, sirènes, île mystérieuse en Floride, photographies en plongée sous l’eau, la nuit, éprouvant”. C’était suffisant pour titiller ma curiosité.

De retour à New York, je visitai donc le site de Michael Dweck où il faut se rendre pour vraiment découvrir ses photos. Celles des femmes-sirènes sont mes favorites. Je me souvins alors ; il avait évoqué la difficulté de faire des nus, car ces femmes avaient été élevées dans des règles strictes ; mais il tenait à cet état de nature et avait convaincu les familles. Le résultat est fascinant : des corps délivrés de toute civilisation, fusionnant avec l'eau, dont la chevelure même mime l’ondoiement des vagues.

Plus tard, je lui écrivis au sujet de ses photos ; il ajouta en anglais : "ce projet était bien sûr imaginaire, mais aussi mon commentaire sur le besoin de s'échapper, à une période de ma vie où je me sentais prisonnier de l'île de Manhattan, ce lieu qui avait été transformé d'une cité authentique en une zone de guerre commerciale".

Ces femmes ne sont pas des mannequins. Elles sont tout à fait réelles, et pourtant ne le sont plus : elles ont l'eau salée de l'océan sous la peau. Elles sont habituées depuis l'enfance à nager comme des poissons au milieu des serpents et des crocodiles sans craindre un instant la Nature. Au contraire vibrantes par elle, et dont elles sont un simple élément dans la plus délicate harmonie.

Laureline Amanieux.
Photos : Michael Dweck, copyrights.