lundi 22 février 2010

Villeglé, Astrid Wendlandt, Mâkhi Xenakis.

La semaine passée à Paris a été fertile en interviews pour http://www.savoirchanger.org/ et en intensité. J'ai reçu l'aide de deux caméramans professionnels, Soffian Desrayaud et Luca Chiari, qui ont mis généreusement à ma disposition leur talent, leur matériel et leur temps. Leurs montages vont donner au site une qualité d'image et de son toute nouvelle :


Cette photographie de Jacques Villeglé est ainsi un "screenshot" inédit de la vidéo en cours de montage pour savoirchanger.org. En effet, grâce au centre culturel de Rome et à Mélanie Marchand, j'ai pu interroger dans son atelier parisien l'artiste affichiste Jacques Villeglé, célèbre pour ses affiches lacérées et l'invention de l'alphabet socio-politique sur lequel notre échange a surtout porté : comment il fait entrer la rue dans les musées, comment il change le langage en lui donnant un graphisme mettant à plat notre histoire idéologique ancienne et moderne, tout en révoquant la notion d'art engagé car il se veut un artiste témoin avant tout. Un homme aussi grand artiste que généreux ; il nous a régalés de son intelligence vive et de cuisine basque exceptionnelle que le vin de Bordeaux coulant à flot n'est pas venu déparée. Ce fut l'occasion de rencontrer également le photographe qui réalise le catalogue raisonné des oeuvres de J.Villeglé : François Poivret et de découvrir les oeuvres étonnantes de son frère Jean-Luc Poivret (en ce moment son dernier ouvrage transforme des ailes d'avion en toiles peintes !).


Le lendemain, c'était la journaliste et écrivain-voyageuse Astrid Wendlandt qui nous accueillait. Elle écrit en première page de son livre "Au bord du monde : une vagabonde dans le grand Nord sibérien" (Robert Laffont, 2010) que "trois secondes peuvent suffire à changer une vie". Elle nous recevait en matinée chez elle autour d'un café-lait de soja qui m'a rappelé mes années californiennes, et avec une chaleur humaine contagieuse : deux heures de récits passionnants sur la vision qui a changé sa vie et décidé son exploration du Grand Nord, échange de réflexions engagées au sujet des Nenets, ce peuple de nomades éleveurs de Rennes en Sibérie, qui ont pu garder un mode de vie authentique, malgré l'industrialisation drastique de cette zone. Astrid Wendlandt partage alors avec nous sa "danse de la Toundra" et sa quête des origines dans le Grand Nord qu'elle a accomplie seule entre 2005 et 2007. Ses oiseaux, des inséparables, chantaient pour accompagner sa voix.

Enfin le Jeudi, je rencontre dans son atelier la plasticienne Mâkhi Xenakis, fille de la romancière Françoise Xenakis et du compositeur Iannis Xenakis. Pour savoirchanger, Mâkhi Xenakis raconte comment la célèbre Louise Bourgeois lui a véritablement "sauvé la vie" en 1987 à New York, et l'a épanouie en tant qu'artiste peintre. Ses dessins évolueront de petites femmes à des membranes ondoyantes sous le signe du mouvement et de la prolifération à même la page. Puis, après son livre et son exposition de sculpture bouleversante sur "Les Folles d'Enfer", ces femmes séquestrées de Louis XIV à Charcot dans l'hôpital La Salpêtrière, et dont vous pouvez voir un extrait en vidéo ici, Mâkki Xenakis nous montre ses sculptures de femmes qui renouvèlent l'image des anciennes déesses archaïques, pour une ode vibrante de féminité, de maternant, un appel aux forces de vies créatrices. Ces dernières, ainsi que des pastels, seront exposés à partir de la journée des Femmes, le 8 mars, jusque fin avril à l'Espace des Femmes (35 rue Jacob, 75006).

Toutes ces vidéos sont désormais en cours de montages papiers et vidéos avec Soffian Desrayaud et Luca Chiari, un niçois et un romain devenus parisiens, je ne pouvais pas mieux rêver pour relier la France et l'Italie. Merci à eux du fond du coeur pour leur travail !
Laureline Amanieux.