dimanche 20 mars 2011

Partager l'élixir avec la société

Dans Ce héros qui est en chacun de nous, j'insiste en suivant la pensée de Joseph Campbell sur la transformation du héros en pédagogue, en guide pour la société avec laquelle il partage l'élixir qu'il a rapporté de son long voyage - extérieur ou intérieur. Son côté "bon prof" en somme : celui qui cherche à transmettre sans imposer, à révéler un message sans dogmes, celui qui aide autrui à trouver son propre potentiel. Le héros prend davantage en fin de parcours le visage à son tour du Mentor ; ou porte un discours et des actes engagés.

Christopher Vogler, l'adaptateur américain de la pensée de Campbell pour l'écriture du scénario de films et de romans (j'évoque ici la version en anglais de son livre), apporte un éclairage différent et passionnant. Alors qu'il analyse l'oeuvre Titanic de James Cameron, il précise que le héros (en l'occurence l'héroïne, Rose) peut choisir de ne pas affirmer à voix haute un message, mais de le laisser transparaître son élixir à travers ses actes, sa personne, sa vie de tous les jours comme une forme de radiations positives, de lumière qui vient de l'intérieur et qui touche les autres sans passer par un discours didactique. Ce qui illumine le héros va alors naturellement changer ceux qui l'entourent, les régénérer et cela va se répercuter à plus grande échelle sur la société et le monde.

Campbell nommait cette lumière intérieure la "radiance de la vie", celle que chacun de nous peut faire luire du plus profond de soi et réfléchir. Vogler se réfère alors aux mythes celtiques : un héros revient de l'autre monde en claironnant ses aventures extraordinaires, mais lorsqu'il veut montrer l'or amassé dans sa besace, il n'en reste que des grains de poussière. Il est possible de garder le silence sur sa découverte précieuse et de la laisser se diffuser peu à peu de soi vers les autres - comme une essence parfumée.