vendredi 29 avril 2011

Mentor et ses avatars qui changent nos vies


Cet atelier d'écriture se déroulait à nouveau à la Médiathèque du Centre Culturel Saint-Louis de France à Rome. Nous avons d'abord lu ensemble le mythe du Mentor dans L'Odyssée d'Homère et découvert son avatar féminin dans un mythe chamanique des Indiens d'Amérique du Nord que Joseph Campbell raconte dans Le Héros aux mille et un visages : la figure bienveillante de la Dame araignée qui aide deux frères à partir en quête de leur père, comme Mentor lançant Télémaque à la recherche de son père Ulysse.

Premier jeu d'écriture : Vous rencontrez la Dame Araignée avant de vous lancer dans une quête pour résoudre un problème de votre choix. Ecrivez son discours rempli de situations merveilleuses sur le modèle de celui du conte : quelles épreuves vous annonce-t-elle ? Que vous offre-t-elle comme appui ? Des conseils, un objet magique ?

Voici un texte de Hélène B. qui nous fait découvrir en Dame Araignée la mère bienfaisante, figure universelle de la Mère de tous les êtres vivants :

"Un jour, j'ai voulu retrouver la mère qui m'a mise au monde, puis abandonnée.

J'ai prévenu ma mère adoptive ; elle m'a embrassée, encouragée et conseillé d'aller demander l'aide d'une très vieille femme, celle qui connaît tous nos secrets. « Comment la trouverai-je ?», demandai-je. « Va droit devant toi, elle saura que tu la cherches et se montrera à toi sous une forme que tu reconnaîtras. Bonne chance, ma fille ! ».

Je suis partie droit devant moi, vers le soleil levant, en pensant très fort à cette vieille femme et à la mère qui m'a enfantée.

Je me suis arrêtée au bord d'une rivière, pour boire au creux de mes mains. C'est alors que j'ai vu dans l'eau le reflet d'une très vieille femme, ridée comme les pierres du chemin, vêtue d'une robe de toile beige, un fichu noué sur sa tête par-dessous un chapeau de paille aux larges bords, chaussée de sabots et tenant à la main un petit cahier bleu. J'ai tout de suite su que c'était elle, la vieille femme qui savait tous nos secrets, et je me suis redressée. Je l'ai saluée et j'ai attendu.

« Je suis celle qu'on surnomme Dame Araignée parce que je tisse la toile de l'univers, en essayant de relier tous ceux qui se sont connus puis perdus et qui voudraient se retrouver, ou tous ceux qui pourraient se rencontrer un jour. Celle que tu cherches m'avait laissé ce cahier pour toi, si, un jour, tu décidais de partir à sa recherche. Ce jour est venu, ce cahier est pour toi, prends-le ».

A peine m'eut-elle remis le cahier que la vieille femme disparut comme un nuage évaporé. J'ouvris le cahier et découvris sur la première page ces lignes écrites au stylo à plume bleu, d'une petite écriture ronde et régulière.

Je lus :
« Pars, mais ne te retourne jamais
Chaque fois que tu ne sauras pas
Où te diriger pour me retrouver
Il te suffira de te répéter ces mots :
« Je suis partout où tu seras
Parce que je suis en toi
Dans tes pieds qui te portent
Dans tes yeux qui conduisent ton regard au loin
Dans ta pensée qui m'imagine et me cherche
Dans tes bras que tu tendras vers moi
Quand tu me trouveras
Car tu me trouveras
Moi qui t'ai portée
Moi qui t'ai mise au monde
Moi qui t'ai donnée
A une mère qui puisse t'élever».

C'était signé : « Ta mère de naissance ».

Et je suis partie. Sans me retourner. Jamais."



Dès le début du XVIIIe siècle, le nom de Mentor passe dans la langue comme substantif pour désigner un guide, un conseiller accompagnant une personne qui est moins expérimentée ou débute dans une fonction. Ou pour un personnage familial qui joue un grand rôle éducatif. Nous écoutons alors le slam d'Hocine Ben, intitulé "madame Ben", hommage très émouvant du fils à sa mère et à l'éducation qu'elle lui a transmise. Le slam n'est pas seulement un poème, la plupart du temps, il nous raconte ainsi une histoire riche d'enseignements.

Second jeu d'écriture : Ecrivez un slam sur un Mentor qui a joué un grand rôle dans votre vie, en transposant le mythe originel à notre époque contemporaine dans une situation de votre choix.

Voici le slam de Leyla K, de langue maternelle italienne, sur un Mentor inattendu qui nous transmet une leçon de vie :

"J'allais chaque jour là-bas, chez elle,
dans cette petite ruelle
pour attraper quelque mot de liberté,
chercher un visage ami
un souffle de vie, une empathie.
Je me plaignais au début,
puis je me plongeais dans ses contes,
j'oubliais l'ennui.
Mais chaque soir, retournée à la maison,
c'était la même chanson.
« Je n'ai pas de liberté »
je me répétais
« je suis victime de ma famille,
de la société ».

Puis un jour elle arrêta
de faire semblant de rien,
de m'entendre me plaindre
et pour me faire comprendre
elle me dit:
« Ces limites qui te hantent
et que tu trouves partout,
t'es-tu jamais demandée
s'ils sont vrais et concrets?
Moi je n'en voie qu'un ou deux,
mais à part ça
il y a très peu de choses
que tu ne peux pas faire:
tes barrières sont des fables,
des fantaisies,
des murs que tu te crées,
mais en ce moment il faut sauter.
Qu'est-ce qui t'empêche de vivre,
de faire ce que tu veux faire,
de dire ce que tu veux dire,
de faire le tour du monde
sans donner une explication?
Dès aujourd'hui, c'est ce que tu dois faire:
sauter sur les murs,
franchir les barrières »

Et c'est ainsi qu'une clocharde
me montra la liberté. "


Merci à tous les participants pour le cadeau de leurs textes,


Laureline Amanieux.